Vue aérienne des vestiges de l'église submergée en 740 sous les eaux du lac d'Iznik.

Une basilique submergée découverte à Nicée (Iznik)

Assez loin d’Indiana Jones, c’est pourtant un genre de conte de fée archéologique moderne que la découverte de cette basilique submergée, que l’Institut Archéologique d’Amérique considère comme l’une des 10 plus importantes découvertes de l’année 2014.

La découverte

basilique submergée NicéeSuite à un programme de photographies aériennes ayant pour but de dresser l’inventaire des objets culturels et historiques d’Iznik, le professeur d’archéologie à l’université Uludağ de Bursa, Mustafa Şahin, a annoncé la découverte des vestiges d’une église sous les eaux du lac d’Iznik. Les ruines reposent actuellement  de 1,5 à 2 mètres de profondeur, à une vingtaine de mètres seulement de la côte, non loin du centre ville d’Iznik

Nicée

Si Iznik n’est plus aujourd’hui qu’une petite ville, cette découverte rappelle qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Fondée en -316 par Antigone, la ville fut prospère à l’époque hellénistique et romaine et puissamment fortifiée au IIIe siècle. A l’époque byzantine, elle fut l’une des villes les plus importantes de l’empire. Le premier concile œcuménique y fut tenu en 325, puis le septième en 787. Les Turcs Seldjoukides la prirent en 1081 et en firent leur capitale, mais les Byzantins la reprirent avec l’aide des Croisés dès 1097. Après la prise de Constantinople en 1204, Théodore Lascaris rétablit la légitimité byzantine sur l’Anatolie à partir de la ville et, jusqu’en 1261, Nicée reste une cité de premier plan, devenant l’une des résidences impériales ainsi que le siège du patriarcat en exil, et donnant son nom à toute la période durant laquelle les empereurs Byzantins ne régnèrent pas depuis Constantinople. Cependant, Nicée décline rapidement par la suite et est décrite comme une ville en ruine lors de sa prise par les Ottomans en 1331. Ceux-ci en font brièvement leur capitale, mais la ville ne recouvre jamais son lustre passé. De sa prestigieuse histoire antique et médiévale sont encore visibles aujourd’hui ses remparts et un théâtre romain, ainsi que l’église Sainte-Sophie, depuis peu convertie en mosquée.

Attribution et détail de l’édifice.

Eglise Saint-Néophyte NicéeL’église a été identifiée avec celle construite en l´honneur de saint Néophyte, martyr local qui aurait été tué  par des soldats romains à l´âge de 16 ans en 303, au cours de la grande persécution décidée par Galère et Dioclétien.

Elle aurait été construite au IVe ou au Ve siècle à l’emplacement même du martyr du saint, sur un pan basilical à trois nefs commun à cet époque, et similaire à celui de Sainte-Sophie de Nicée, édifice qui subsiste encore aujourd’hui.

Sainte-Sophie de Nicée
Sainte-Sophie de Nicée, fondée au IVe siècle et reconstruite au VIe et au XIe siècles, récemment restaurée et reconvertie en mosquée, fut le siège du septième concile œcuménique en 787.

Néophyte était par ailleurs un saint populaire, et selon les sources, ses reliques étaient vénérées par les habitants de Nicée et par les pèlerins de passage.

Située en dehors des remparts, ce qui la rendait particulièrement vulnérable, on pensait jusqu’alors que l’édifice avait disparu sans laisser aucune trace au cours de l’histoire mouvementée de la ville.

Séisme de 740.

Les invasions et leur lot de destructions ne seraient pourtant pas la cause de la disparition de l’église. D´après le professeur Şahin, elle se serait écroulée et aurait été submergée au cours du tremblement de terre survenu le 26 octobre 740. D´une magnitude de 7,1 à 7,3 sur l´échelle de Richter, son épicentre se trouvait dans la mer de Marmara, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Nicée et au sud-est de Constantinople, où il détruisit l´église Sainte-Irène et endommagea Sainte-Sophie. D’autres cités furent également touchées, comme Nicomédie (aujourd’hui Izmit). Le séisme fut violent et la mer se retira fortement, si bien que la ligne de côte en fut modifiée par endroit. C´est probablement ce qui se passa aussi dans le cas du lac de Nicée, à moins que le terrain ne se soit affaissé, les eaux du lac submergeant l´église détruite et empêchant sa reconstruction ultérieure.

Un musée sous-marin.

Après la découverte, l’université a informé le Directorat du musée d’Iznik et le ministère de la culture et du tourisme, demandant que le site archéologique soit protégé.

En avril 2015 a été annoncé la décision de transformer la zone en un musée sous-marin, projet sponsorisé par la municipalité métropolitaine de Bursa et approuvée par le ministère de la culture et du tourisme. Les travaux préliminaires ont commencé en surface et sous l’eau, afin de pouvoir aménager le site à des fins touristiques. Des explorations sous-marines ont ainsi été menées pour développer les plans du projet et rechercher d´autres vestiges potentiels dans la zone. Le chantier devrait durer deux ans, l’objectif étant d’évacuer l’eau, de créer une structure en verre autour des ruines où le public pourra pénétrer.

A noter que contrairement à ce qui est dit dans le reportage, la basilique se trouve bien à Iznik et non à Bursa (l’antique Pruse), qui est la capitale du district et distante d’une soixantaine de kilomètres.

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